Baraka CIRQ

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Centre Artistique Baraka — structure culturelle mauricienne développant des projets artistiques contemporains entre transmission et expérimentation.

Photos from Baraka CIRQ's post 13/07/2026

Le samedi 20 juin, les premiers jours de Muharram nous conduisirent à Longoni, où se tenait un Maulida Sheng.

À notre arrivée, les préparatifs commençaient à peine. Au bord de la route, des femmes s'affairaient autour de grands chaudrons de riz au coco, et à quelques mètres de là, un technicien installait sa console de sonorisation. Comme souvent, les pratiques continuaient d'évoluer avec leur époque, sans pour autant rompre avec le rituel.

Peu à peu prenait forme le bandrabandra, vaste structure éphémère recouverte de tissus, partagée en deux espaces égaux, l'un réservé aux hommes, l'autre aux femmes.
Le Maulida Sheng est une ancienne tradition soufie toujours très vivante à Mayotte. Littéralement, il s'agit d'une veillée en l'honneur de la naissance du Prophète Muhammad. Aujourd'hui, cette pratique accompagne de nombreux moments de la vie spirituelle et sociale. Bien plus qu'une cérémonie religieuse, elle constitue un moment de rassemblement où se transmettent chants, gestes, savoirs et mémoire collective.

À la profondeur spirituelle de l'événement répondait une atmosphère tout aussi festive, où la dévotion semblait se mêler naturellement à la joie d'être ensemble.

Au fil de la journée, les participants continuaient d'arriver. Beaucoup de femmes portaient des saluva et des kishali aux mêmes couleurs et aux mêmes motifs. J'appris que ces tenues communes marquaient leur appartenance à un même groupe, renforçant ce sentiment de cohésion.

Lorsque les chants commencèrent, les voix en arabe classique répondaient aux percussions des tambours. De l'autre côté de la séparation, les femmes répondaient par leurs chants, leurs gestes et leurs mouvements. Certaines se levaient spontanément pour danser, avec une liberté et une aisance qui semblaient aller de soi. Cette manière de laisser le corps participer pleinement à la dévotion trouvait, quelques jours plus t**d, un écho inattendu en Grande Comore, lors d'un moment profane du Grand Mariage, où réapparaissaient cette même liberté du mouvement et cette même joie collective.

Ce Maulida Sheng laissait entrevoir une richesse dont je n'avais fait qu'effleurer la surface avec l'envie de revenir dans ces archipels🍃

Photos from Baraka CIRQ's post 12/07/2026

À mon arrivée à Mayotte, Nawal m'attendait déjà. Ensemble, nous avons pris la barge vers Grande-Terre, où Véronique Méloche, de l'association Hippocampus, nous attendait au Camion Rouge, l'un des petits restaurants du débarcadère.

Quelques présentations plus t**d, nous rejoignions le collège K1 de Kawéni, où nous attendaient Valentin, Manu et l'équipe de May'Omnisport. Nastaliq du Souffle y était produit par Hippocampus avec May'Omnisport.

Une réunion technique, un repas partagé, les derniers préparatifs… Une équipe déjà aussi chaleureuse qu'investie.

Le lendemain, le collège fêtait sa fin d'année. Le gymnase vivait au rythme des spectacles des élèves, sous le regard des familles et des enseignants. Musique, danse et défilé de l'atelier couture se succédaient dans une ambiance particulièrement festive.

Au cœur de cette programmation, Valentin et l'équipe de May'Omnisport nous ont invités à improviser un extrait de Nastaliq du Souffle, tout en présentant quelques-unes de leurs créations, dont une belle performance aérienne d'Amandine. Le public découvrait ainsi quelques fragments de nos univers respectifs. J'y découvrais une équipe engagée, dont les projets mêlent sport, cirque, création artistique et travail de terrain auprès des jeunes de Mayotte.

Les festivités terminées, le gymnase se transformait. La reconfiguration du lieu reposait sur l'engagement de l'équipe technique, de May'Omnisport et de tous ceux qui œuvraient en coulisses. Nous partagions ensuite la scène avec May'Omnisport, qui ouvrait la soirée avant Nastaliq du Souffle.

La richesse de cette journée tenait à la générosité avec laquelle chacun contribuait à faire exister ce moment. Je repars de cette escale avec le souvenir de très belles rencontres. J'espère que nos chemins se recroiseront, peut-être autour d'un atelier de cirque aérien ou d'un entraînement où, cette fois, ce sera à mon tour d'apprendre.

Si cette escale ne m'a pas laissé le temps d'aller à la rencontre de tout ce que j'espérais voir à Mayotte, les premiers jours de Muharram allaient nous offrir l'occasion d'assister à un Maulida Sheng… 🍃

📷 Quelques photographies : .ca.shoot

Photos from Baraka CIRQ's post 11/07/2026

Mayotte a ouvert la deuxième phase de Diwan-e-Makhfī. Elle fut mon port d'embarquement vers l'archipel des Comores, mais aussi ma première rencontre avec une île au parcours si singulier.

Je n'y passais que très peu de temps. Arrivée en soirée, nous sommes parties directement de l'aéroport vers le collège K1 de Kawéni pour les répétitions de *Nastaliq du Souffle*, présenté le lendemain. Il ne me resterait ensuite qu'une seule journée avant de poursuivre le voyage.

Malgré cette escale éclair, j'avais hâte d'aller à la rencontre de cette île. On m'avait parlé des Deba, ces rassemblements féminins mêlant chants dévotionnels, poésie et mouvement, mais aussi de la mosquée de Tsingoni et de traditions soufies particulièrement vivantes à Mayotte. Une seule journée ne permettait évidemment pas d'aller à leur rencontre, mais suffisait déjà à éveiller ma curiosité.

Le lendemain matin, je me suis réveillée à Pamandzi, sur Petite-Terre. Il me restait quelques heures avant de rejoindre le lieu de la représentation. J'avais très envie d'aller jusqu'à la plage de Moya, mais plusieurs habitants me l'ont vivement déconseillé si j'étais seule. Certains m'ont même expliqué qu'il valait mieux consulter la page Facebook signalant les passages de la gendarmerie avant de s'y rendre.

Mayotte commençait déjà à dévoiler certaines de ses strates, même si je n'en faisais encore qu'effleurer la surface.

Très vite, les conversations glissaient vers les questions d'insécurité, les profondes inégalités sociales, les migrations clandestines qui traversent l'archipel et les conséquences de certaines incarcérations, laissant parfois des mineurs livrés à eux-mêmes.

Les points de vue divergeaient cependant. Certains décrivaient une réalité quotidienne bien présente, tandis que d'autres estimaient que, sur une île où tout se sait très vite, la circulation des récits contribue aussi à renforcer le sentiment d'insécurité.

Les échanges me ramenaient presque inévitablement à l'histoire coloniale de l'archipel des Comores, dont les héritages continuent de façonner les réalités contemporaines de Mayotte...

Photos from Baraka CIRQ's post 10/07/2026

Entre les rencontres avec les acteurs culturels, les ateliers et les échanges musicaux, une création prenait peu à peu forme : Nastaliq du Souffle.

Le nastaliq est une écriture née de la recherche d'un geste capable d'épouser le souffle et le rythme de la poésie persane. Selon la tradition, le calligraphe Mir Ali Tabrizi en aurait reçu l'inspiration en rêve, avant d'observer les mouvements d'un cygne afin d'en traduire la fluidité dans le tracé des lettres. L'encre ne semble plus simplement s'inscrire sur la page : elle suspend son mouvement, glisse et respire.

Cette écriture est devenue l'une des grandes traditions calligraphiques du persan et de l'ourdou. À Maurice, l'ourdou a longtemps occupé une place importante au sein d'une partie de la communauté musulmane. Pourtant, cette langue n'apparaît plus dans le dernier recensement linguistique du pays. Cette disparition statistique m'interroge. Que deviennent les langues, les gestes et les imaginaires lorsqu'ils cessent peu à peu d'être transmis ? Sous quelles autres formes continuent-ils parfois de vivre ?

Ces questions ont rencontré un autre imaginaire : celui des Comores et des récits qui entourent leur héritage shirazien. Il ne s'agissait pas d'établir une continuité historique, mais de laisser dialoguer des mémoires, des symboles et des paysages culturels qui se répondent parfois à travers l'océan Indien.

Dans Nastaliq du Souffle, nous avons imaginé Nawal comme le souffle, la voix qui met le geste en mouvement. Suspendue à une corde aérienne, je devenais le calame, ce roseau taillé dont se servent les calligraphes, traçant dans l'espace une calligraphie éphémère. Entre Maurice et les Comores, la performance esquissait un espace onirique où des imaginaires pouvaient se rencontrer, sans chercher à se confondre.

Présenté pour la première fois sous la forme d'un work in progress à l'Institut Français de Maurice le 29 mai, ce spectacle portait déjà les premières traces de toutes les rencontres qui avaient nourri cette résidence.

En fin de publication, vous trouverez également deux articles consacrés au projet par Munavvar et Dominique. Un grand merci à eux d'avoir prolongé cette réflexion par leurs mots 🍃

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📸 Avec des photographies de Jean-Paul Mussodee.

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Diwan-e-Makhfī est un projet de co-création entre Maurice et les Comores, soutenu par la Commission de l'Océan Indien - Comores dans le cadre du programme de développement des industries culturelles et créatives en Indianocéanie, financé par AFD - Agence Française de Développement

Photos from Baraka CIRQ's post 09/07/2026

Après les premiers rythmes est venu le temps des rencontres. l'un des moments les plus chaleureux reste sans doute l'accueil que Nawal a reçu de la part d'Abaim.

Il y a des rencontres qui prennent naturellement plus de place qu'on ne l'avait imaginé. Elles se construisent autour d'un repas, d'un chant, d'un savoir-faire partagé ou d'une simple conversation. C'est ce que nous avons eu la chance de vivre avec toute l'équipe d'Abaim.

Autour d'un feu, les enfants nous ont accueillies en chants et en musique, avant de nous inviter à entrer dans leur univers. Nous avons ensuite partagé quelques gajaks mauriciens, découvert les gestes de fabrication de la ravanne auprès d'un artisan, puis laissé la musique faire le reste.

Très vite, les rythmes mauriciens et comoriens se sont rencontrés naturellement. Chacun apportait son histoire, son écoute et sa manière de vivre le rythme. Les échanges se sont poursuivis tout simplement, entre improvisations, discussions et beaucoup de générosité.

Ces échanges se sont naturellement prolongés quelques jours plus t**d dans l'émission Habiter notre île de Cristèle de Spéville. À cette occasion, Marousia Bouvery s'est jointe à la conversation, qui a porté sur le patrimoine culturel immatériel, les possibles résonances entre les îles de l'océan Indien, le langage symbolique de Nastaliq du Souffle et l'importance de créer des espaces de dialogue entre les artistes et les acteurs culturels de nos îles.

Nous sommes revenus retrouver l'équipe d'Abaim le temps d'un samedi. Cette fois, il ne s'agissait plus seulement de partager de la musique, mais de découvrir leur quotidien : les activités avec les enfants, les temps d'échange, les repas partagés et cette manière d'accueillir qui donne à chacun une place.

Ce sont souvent ces moments qui laissent les traces les plus durables🍃

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📸 Avec des photographies de Jean-Paul Mussodee.

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Diwan-e-Makhfī est un projet de co-création entre Maurice et les Comores, soutenu par la Commission de l'Océan Indien - Comores dans le cadre du programme de développement des industries culturelles et créatives en Indianocéanie, financé par AFD - Agence Française de Développement

08/07/2026

Ma première visite aux Comores, en 2022, a éveillé une curiosité qui ne m'a plus quittée. J'y ai rencontré des chants, des percussions et des manières de vivre la spiritualité qui m'ont profondément touchée. J'ai également été intriguée par la présence de certains héritages animistes qui semblent encore coexister avec la tradition musulmane. Les polyrythmies, les chants qui se répondent et la place de la musique dans les rassemblements ont nourri cette curiosité.

Je me suis alors demandé comment ces héritages avaient circulé entre les îles de l'océan Indien. Quelles traces en reste-t-il aujourd'hui ? Quelles mémoires continuent de vivre, parfois discrètement, dans les gestes, les voix ou les rythmes ?

C'est avec ces questions que la première phase de Diwan-e-Makhfī s'est ouverte à Maurice avec l'arrivée de Nawal.

Avant même le premier atelier, Kenneth Babaji nous avait invités dans son émission Au Royaume de la Musique sur RM1. Nous y avons présenté Diwan-e-Makhfī, tandis que Nawal a partagé son parcours et quelques facettes du riche patrimoine musical comorien qui inspire son travail.

Le 23 mai, à l'Institut Français de Maurice, elle a animé un atelier consacré aux rythmes traditionnels des Comores. Débutants comme musiciens se sont retrouvés pour partager un moment d'écoute, de découverte et de pratique.

L'atelier était pensé pour accueillir chacun, quel que soit son parcours musical. En quelques heures, il était évidemment impossible de rendre compte de toute la richesse de ces traditions, mais il offrait un premier aperçu, une invitation à écouter autrement et à ouvrir le dialogue.

Quelques résidents de Chrysalide, avec qui nous devions ensuite partager un atelier autour de la voix, se sont joints à cette première rencontre. Par respect pour leur intimité, je partagerai peu d'images de ces moments, mais leur présence a donné une dimension toute particulière à cette journée.

À suivre… l'accueil chaleureux qu'Abaim a réservé à Nawal, prélude à de nouveaux échanges🍃

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Diwan-e-Makhfī est un projet de co-création entre Maurice et les Comores, soutenu par la Commission de l'Océan Indien - Comores dans le cadre du programme de développement des industries culturelles et créatives en Indianocéanie, financé par AFD - Agence Française de Développement

Photos from Baraka CIRQ's post 07/07/2026

Quelques images de la dernière représentation de Nastaliq du Souffle, présentée à l'Alliance Française de Moroni.

Cette soirée marque la conclusion de la deuxième phase de Diwan-e-Makhfī, un projet de co-création entre Maurice et les Comores. Après une résidence artistique à Maurice, des ateliers, des échanges musicaux, puis ce voyage entre Mayotte et les Comores, un nouveau chapitre s'ouvre.

Avant de revenir plus en détail sur les paysages, les rencontres, les cérémonies soufies, les artistes, les chercheurs et les paysages sonores qui ont jalonné ce voyage, j'avais envie de commencer par ces images : celles de la dernière représentation de Nastaliq du Souffle dans le cadre de ce projet.

Dans les prochains jours, je prendrai le temps de partager quelques-unes des rencontres, des voix et des paysages sonores découverts de Maurice à Mayotte, puis aux Comores, qui ont nourri ce travail.

La troisième phase de Diwan-e-Makhfī est désormais en marche. Les voix, les sons, les images et les rencontres recueillis tout au long de ce parcours nourriront une installation artistique qui sera présentée à Maurice au mois de septembre.

Chaque rencontre a laissé son empreinte sur ce projet. Merci à toutes celles et ceux qui ont accepté de le nourrir par leur présence, leur confiance et leurs histoires.

📸 Photographies : Djamily Farouk

Diwan-e-Makhfī est un projet de co-création entre Maurice et les Comores, soutenu par la Commission de l'Océan Indien - Comores dans le cadre du projet de développement des industries culturelles et créatives en Indianocéanie, financé par AFD - Agence Française de Développement

15/06/2026

✨ Nastaliq du Souffle ✨

Prochaines escales :

📍 Gymnase du Collège K1, Kawéni (Mayotte)
🗓 19 juin – 19h

📍 Alliance Française de Moroni (Comores)
🗓 27 juin – 20h

Au plaisir de vous y retrouver 🌿

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