10/08/2026
Molla Wagué — MON HISTOIRE
Je m’appelle Molla Wagué. Je suis originaire des Andelys et je suis devenu footballeur professionnel et international malien.
Quand je regarde aujourd’hui le chemin parcouru, je me rends compte que mon histoire est avant tout celle d’un enfant qui avait un rêve et qui a refusé d’abandonner.
MES DÉBUTS AUX ANDELYS
Mon histoire commence aux Andelys, au CSA, là où j’ai fait mes premiers pas dans le football.
Avant même de penser à devenir professionnel, il y avait simplement une passion : le football.
J’aimais jouer. J’aimais m’entraîner. J’aimais cette sensation d’être sur un terrain avec un ballon.
À l’âge de 13 ans, j’ai quitté Les Andelys pour poursuivre mon rêve.
Ce n’était pas facile.
À 13 ans, quitter sa ville, ses habitudes, ses proches et tout ce que l’on connaît représente déjà un immense sacrifice.
Mais ma passion était plus forte que mes peurs.
J’ai ensuite rejoint Romilly, au Saint-Pierre Club, avant de poursuivre mon parcours à Rouen.
Puis j’ai rejoint le Stade Malherbe de Caen, où j’ai continué à faire mes classes.
J’ai travaillé, appris, accepté les difficultés et continué à croire en moi.
Mon objectif était simple : devenir footballeur professionnel.
Et finalement, j’y suis arrivé.
L’ITALIE : UNE NOUVELLE ÉCOLE DE LA VIE
Lorsque je suis arrivé en Italie, cela a été très difficile.
J’ai découvert une nouvelle culture, une nouvelle façon de travailler, une autre mentalité et un autre environnement.
Il fallait s’adapter.
J’ai appris la langue et j’ai découvert des personnes différentes, avec leurs habitudes et leur manière de vivre.
On m’avait beaucoup parlé de l’Italie avant mon départ. Certaines personnes me disaient que je pourrais rencontrer des difficultés.
Mais personnellement, je n’ai jamais vécu de discrimination en Italie.
J’ai toujours essayé d’être correct avec les personnes que je rencontrais.
Pour moi, le respect fonctionne dans les deux sens : quand on respecte les autres, on peut également attendre du respect en retour.
Cette expérience italienne m’a énormément apporté.
Elle m’a fait grandir comme footballeur, mais surtout comme homme.
L’ANGLETERRE ET LA SUITE DE MA CARRIÈRE
Après l’Italie, j’ai rejoint Leicester City.
Leicester venait de réaliser quelque chose d’exceptionnel en devenant champion d’Angleterre.
Arriver dans cet environnement et découvrir ce niveau de football a été une expérience incroyable.
J’ai ensuite connu Watford, puis Nottingham Forest.
Après mon expérience en Angleterre, j’ai voulu rentrer en France.
J’ai rejoint le FC Nantes, un club historique du football français.
J’ai ensuite poursuivi mon parcours à Amiens.
Toutes ces années m’ont permis de découvrir différents footballs, différentes cultures et surtout énormément de personnes.
Chaque club, chaque entraîneur, chaque coéquipier et chaque difficulté a contribué à construire la personne que je suis aujourd’hui.
LE MALI : UNE IMMENSE FIERTÉ
Et puis il y a eu l’équipe nationale du Mali.
Porter le maillot des Aigles du Mali a toujours représenté quelque chose de très particulier pour moi.
J’ai eu la chance de participer à quatre Coupes d’Afrique des Nations.
J’ai également eu l’honneur de porter le brassard de capitaine de l’équipe nationale.
Représenter mon pays était une immense fierté.
À chaque fois que je portais ce maillot, je pensais également à mes proches, à mes racines et à la ville où tout avait commencé.
Les Andelys étaient toujours quelque part avec moi.
LES RENCONTRES QUI ONT MARQUÉ MA CARRIÈRE
Durant ma carrière, j’ai eu la chance de partager des vestiaires avec de très grands joueurs.
J’ai rencontré des personnes venues de partout dans le monde.
J’ai découvert différentes cultures, différentes langues et différentes façons de penser.
Ces rencontres m’ont énormément enrichi.
Le football m’a permis de voyager, de découvrir le monde et de comprendre que, malgré nos différences, le respect et le travail permettent de créer des liens.
Quand je regarde mon parcours, je ressens avant tout de la fierté.
Fierté d’avoir commencé aux Andelys.
Fierté d’avoir quitté ma ville à seulement 13 ans.
Fierté d’avoir connu la France, l’Italie et l’Angleterre.
Fierté d’avoir porté le maillot du Mali.
Fierté d’avoir été capitaine de ma sélection.
Et surtout, fierté de pouvoir dire :
Je sais d’où je viens et je n’ai jamais oublié mes racines.
DONNER AUX JEUNES CE QUE LE FOOTBALL M’A DONNÉ
Au fil des années, j’ai également compris que réussir ne signifiait pas seulement réussir pour soi.
J’ai toujours eu à cœur de transmettre.
J’ai réalisé différentes actions caritatives auprès des jeunes, notamment auprès de jeunes défavorisés et de jeunes qui ne savent pas encore quelle direction donner à leur vie.
Pourquoi ?
Parce que je sais ce que représente le fait d’avoir un rêve quand on est jeune.
À 13 ans, j’ai quitté ma ville pour essayer de réaliser le mien.
Je sais donc à quel point un jeune peut avoir besoin d’une personne qui lui dise :
« Crois en toi. Travaille. Ne baisse pas les bras. »
C’est quelque chose qui m’a toujours tenu à cœur.
Je pense être quelqu’un de positif.
Si vous demandez à dix personnes comment est Molla Wagué, j’espère que vous aurez dix réponses positives.
Je ne prétends pas être parfait.
Mais j’ai toujours essayé d’être respectueux, accessible et de donner une bonne image de moi.
UNE NOUVELLE ÉTAPE DE MA VIE
Aujourd’hui, j’ai 35 ans.
Ma carrière de footballeur professionnel appartient à une partie de mon histoire, mais mon histoire n’est pas terminée.
J’ai de nouveaux projets.
Depuis environ deux ans, je réfléchis sérieusement à ma reconversion.
Je veux construire quelque chose de nouveau.
Mais cette période n’a pas toujours été facile.
Après une carrière sportive, il faut apprendre à changer de rythme, à trouver une nouvelle direction et à accepter que la vie évolue.
Et puis il y a eu les blessures.
La rupture du tendon d’Achille est une blessure extrêmement difficile.
La rééducation est longue.
Très longue.
Physiquement, mais également mentalement.
Il faut accepter de ne plus pouvoir faire certaines choses comme avant.
Il faut recommencer progressivement.
Jour après jour.
Séance après séance.
Et malgré tout, je continue.
UNE ÉPREUVE PERSONNELLE EN 2024
En 2024, j’ai également vécu un drame qui me marque encore aujourd’hui.
J’ai perdu mon meilleur ami.
C’était quelqu’un qui avait connu ma passion à travers ma carrière, qui m’avait toujours soutenu et qui occupait une place importante dans ma vie.
Sa disparition a créé un vide immense.
Mais la vie oblige parfois à se relever alors qu’on n’en a pas envie.
Deux mois après cette disparition, j’ai également subi une rupture du tendon d’Achille.
Tout cela a été extrêmement difficile.
Mais j’ai continué.
Parce qu’il fallait continuer.
Parce que je savais que je devais me relever.
LA SALLE DE SPORT
Cela fait maintenant environ huit ans que je fréquente une salle de fitness à Courcelles-sur-Seine.
Pendant toutes ces années, j’y suis venu pour faire mon sport.
Je salue les gérants, les clients, je fais ma séance et je rentre chez moi.
Je ne suis pas quelqu’un qui cherche les problèmes.
Je suis dans mon monde.
Je fais mon entraînement.
Je repars.
Pendant huit ans, les choses se sont globalement passées normalement.
J’avais mes habitudes, mes chaussures utilisées uniquement pour la salle et ma manière de faire mes séances.
CE QUI S’EST PASSÉ SAMEDI
Samedi matin, je suis arrivé comme d’habitude.
J’ai dit bonjour à tout le monde.
Le gérant passait l’aspirateur dans une autre salle. Je suis allé vers lui pour lui serrer la main et lui demander comment il allait.
Ensuite, je suis allé dans les vestiaires.
Sa femme était en train de nettoyer.
Je lui ai également dit :
« Bonjour Madame, vous allez bien ? »
Elle m’a répondu oui.
À ce moment-là, je n’avais pas encore mis mes chaussures de sport.
Le gérant est ensuite arrivé dans les vestiaires.
Il n’y avait que lui, sa femme et moi.
Il m’a dit :
« Molla, tes chaussures, il y a un peu de terre. »
Je lui ai répondu que non, qu’il n’y avait pas de terre et que ces chaussures étaient utilisées uniquement pour la salle.
Il a insisté.
Je n’ai pas voulu créer de problème.
J’ai mis mes chaussures et je suis allé déposer mes affaires dans les casiers.
Le gérant me suivait tout en tenant des propos que j’ai ressentis comme agressifs.
Je lui ai alors dit :
« Tu n’es pas mon père. »
Il m’a répondu :
« Oui, je suis ton père. »
J’ai pris mon téléphone et je lui ai dit :
« Répète ce que tu viens de dire. »
Je le disais presque en rigolant, sans penser que la situation allait dégénérer.
Mais elle a dégénéré.
Sa femme est intervenue physiquement et mon téléphone a été cassé pendant l’altercation.
Je l’ai repoussée pour me dégager.
Ensuite, le gérant est intervenu.
J’ai vu un geste que j’ai perçu comme un coup qui allait partir vers moi.
Je l’ai esquivé.
Une altercation a alors eu lieu.
Plusieurs personnes sont intervenues pour nous séparer.
À un moment donné, je me suis retrouvé au sol et plusieurs personnes tentaient de maîtriser la situation.
Je me suis retrouvé seul face à plusieurs personnes et je me suis senti impuissant.
Je ne savais même plus qui était avec qui.
Finalement, la situation s’est calmée.
La gendarmerie a été appelée.
L’INTERVENTION DES GENDARMES
Les gendarmes des Andelys sont arrivés.
Je tiens à souligner leur professionnalisme.
Ils m’ont demandé ce qui s’était passé.
J’ai expliqué calmement ma version des faits.
Je respecte les forces de l’ordre et l’autorité.
J’ai beaucoup voyagé dans ma vie. J’ai rencontré énormément de personnes, j’ai appris à communiquer avec différentes cultures et plusieurs langues.
Je sais qu’il faut respecter chacun dans son métier.
Les gendarmes ont fait leur travail.
Des témoins étaient présents.
Certains ont laissé leurs coordonnées afin de pouvoir témoigner.
Des plaintes ont été déposées.
Les autorités vont maintenant établir les faits et les responsabilités de chacun.
Les images de vidéosurveillance pourront également être examinées.
Je préfère laisser les enquêteurs faire leur travail plutôt que de juger moi-même ce qui s’est passé.
AUJOURD’HUI, LES CONSÉQUENCES SONT RÉELLES
Aujourd’hui, mon genou est très gonflé.
J’ai des difficultés à marcher.
Je dois passer des examens.
Et cela arrive au mauvais moment.
J’ai un projet qui doit commencer le 1er septembre.
Je travaille depuis longtemps sur ma reconversion.
Je ne sais pas aujourd’hui comment je vais pouvoir expliquer cette situation lors de mes prochaines échéances professionnelles si mon état physique m’empêche de faire ce que j’avais prévu.
C’est extrêmement frustrant.
Je viens de très loin.
J’ai connu les départs à 13 ans.
J’ai connu les sacrifices.
J’ai connu la pression du football professionnel.
J’ai connu les blessures.
J’ai connu la perte d’un proche.
J’ai connu la rééducation.
Et aujourd’hui, j’essaie simplement de me reconstruire.
Je veux avancer.
UN MESSAGE POUR MA VILLE
Je suis fier d’être un enfant des Andelys.
Partout où je suis allé, j’ai essayé de représenter ma ville avec respect.
Que ce soit en France, en Italie, en Angleterre ou avec l’équipe nationale du Mali, je n’ai jamais oublié d’où je venais.
Je n’ai jamais oublié les terrains où j’ai commencé.
Je n’ai jamais oublié les personnes qui m’ont accompagné lorsque je n’étais encore qu’un jeune garçon qui rêvait de devenir professionnel.
C’est pour cela que cette situation me touche particulièrement.
UN MESSAGE À MONSIEUR FRÉDÉRIC D***E
Je voudrais également m’adresser à Monsieur Frédéric D***e.
Nous avons fait campagne ensemble et j’ai toujours eu du respect pour lui.
Je ne lui demande pas d’être mon avocat.
Je ne lui demande pas de prendre parti avant que les faits soient établis.
Je lui demande simplement, si cela est possible, de contribuer à l’apaisement de cette situation.
Parce que cette histoire peut prendre de grandes proportions.
Je suis aujourd’hui une personne publique.
Je sais que les images peuvent circuler, que les réseaux sociaux peuvent s’en emparer et que les médias peuvent éventuellement s’intéresser à cette histoire.
Je ne souhaite pas que cette affaire devienne un spectacle.
Je souhaite simplement que les faits soient établis et que chacun puisse être entendu.
Je demande du calme.
Je demande du respect.
Et je demande que cette situation ne dégénère pas davantage.
TOUT LE MONDE DOIT POUVOIR FAIRE DU SPORT
Il y a également quelque chose qui me tient particulièrement à cœur.
Une salle de sport doit être un endroit où chacun peut venir pratiquer son activité dans le respect.
Tout le monde doit pouvoir faire du sport.
Peu importe son origine.
Peu importe sa religion.
Peu importe sa manière de s’habiller.
Une personne qui vient avec un voile doit pouvoir faire son sport.
Un jeune qui cherche sa voie doit pouvoir faire son sport.
Une personne qui traverse une période difficile doit pouvoir venir s’entraîner.
Le sport doit rassembler.
Il doit permettre aux gens de se sentir mieux.
Il ne doit pas devenir un lieu de confrontation.
Nous sommes en France.
Nous devons pouvoir vivre ensemble dans le respect et l’égalité.
JE VAIS CONTINUER À AVANCER
Je ne veux pas répondre à la violence par la violence.
Je ne veux pas que cette histoire continue dans l’escalade.
Il y a des plaintes.
Les autorités vont faire leur travail.
Je leur fais confiance.
Moi, je vais faire le mien.
Je vais me soigner.
Je vais continuer ma rééducation.
Je vais continuer à travailler sur ma reconversion.
Je vais continuer à aider les jeunes quand je le pourrai.
Et surtout, je vais continuer à avancer.
Mon genou va dégonfler.
Les blessures finissent par cicatriser.
Les épreuves finissent par passer.
Mais les valeurs restent.
Le respect reste.
Le travail reste.
La famille reste.
Les racines restent.
Et moi, je reste Molla Wagué.
L’enfant des Andelys qui est parti à 13 ans avec un rêve.
Le joueur qui a eu la chance de devenir professionnel.
L’international malien qui a porté le maillot de son pays avec fierté.
Le capitaine qui a représenté ses couleurs.
L’homme qui a connu des victoires, des défaites, des blessures et des drames.
Et aujourd’hui, simplement un homme de 35 ans qui veut se relever et construire la suite de son histoire.
Je sais d’où je viens.
Je n’ai jamais oublié mes racines.
Et je continuerai d’avancer.