01/07/2026
Émouvant hommage de Guiguibone suite à la disparition de Fossy
Dans le rallye, Il y a des personnes qui vous ont accompagné et avec qui vous avez sympathisé et vous ont marqué, et pour moi, Fossy en faisait partie.
J'ai rencontré Fossy en 2006. À l'époque, je disputais mon tout premier rallye avec mon cousin sur notre petite Peugeot 205 M9. Nous avions confié la voiture à son garage pour qu'il en assure le suivi mécanique. C'est comme ça que tout a commencé.
Très vite, une idée m’est venue à l’esprit. Fossy avait déjà de l'expérience en tant que copilote, notamment aux côtés de Legah son pilote de l’époque également. En plus d'être un mécanicien, il connaissait aussi les voitures de rallye de marque peugeot. Je me suis donc dit : « Pourquoi ne pas réunir les deux ? Un copilote qui est aussi mécanicien, c'est le combo parfait ! »
Et c'est ainsi que notre aventure a commencé.
Après mes nombreuses sorties de route et quelques voitures sacrifiées au sport, nous avons monté une nouvelle 205 Groupe M10, équipée d'un moteur Kit Car, d'une boîte 6 courte et d'amortisseurs Viarouge. Fossy était de nouveau de l'aventure. Puis nous avons continué ensemble avec la Subaru GC8.
Des souvenirs avec lui, j'en ai des dizaines. Aujourd'hui, j'ai envie d'en partager quelques-uns, non pas pour me moquer de lui, mais parce qu'ils me font sourire Ă chaque fois que j'y repense.
Je me souviens d'abord du Rallye 2007, dans la spéciale d'Antaramanana. Nous étions partis derrière les grosses voitures, le couteau entre les dents. À peine 500 mètres après le départ, sur un saut suivi d'un gauche 140, nous étions arrivés beaucoup, beaucoup trop vite. La voiture a littéralement décollé de près de deux mètres avant de terminer sa course... dans les rizières, après un tonneau. La 205 s'est retrouvée plantée sur le nez, en demi-tonneau.
Moi, complètement coincé contre la portière gauche, j'essayais de comprendre ce qui venait de se passer. Et là , Fossy me regarde tranquillement et me lance :
« Inona lesyyyy, Guillaume no ataon’la... inona no ataon’la ? »
Moi qui essayait de reprendre mes esprits et encore sonné je ne comprenais rien! Rien que d'y repenser, ça me fait encore rire.
Une autre anecdote me revient avec les fameux casques Peltor. À l'époque, c'était le summum. Je les avais commandés en France. À leur arrivée, mauvaise surprise : il n'y avait pas de visière.
Je prête donc le casque flambant neuf à Fossy. Le lendemain matin, je le vois arriver... avec une visière installée.
Je lui demande :
— « Mais... comment tu as fait ? »
Il me répond, tout naturellement :
— « J'ai pris une vis... j'ai percé le casque et j'ai fixé la visière. »
Je crois que mon cœur s'est arrêté quelques secondes ! Lui trouvait ça parfaitement logique... moi, je voyais surtout un casque neuf percé avec une vis !
Je me rappelle aussi d'un parc de regroupement. Ma mère nous avait préparé une quiche lorraine maison. On mange tranquillement, et d'un coup Fossy s'exclame avec son accent inimitable :
« Tena matsiro be ilay pijjaaaaaa-n-dreninao e (lisez pizza lol) ! »
Pour lui, une quiche... c'était une pizza. Depuis ce jour-là , dans la famille, la quiche est devenue... la pizza de maman.
Impossible aussi d'oublier un rallye du côté de SRK. Un fil électrique du ventilateur touchait presque les pales. Je lui dis simplement :
— « Fais attention, le ventilateur tourne encore. Tu peux juste remettre le fil ? »
Quelques secondes plus t**d...
Il remet le fil... directement dans les pales du ventilateur.
BANG !
Le ventilateur explose littéralement en morceaux.
Je vous laisse imaginer ma tĂŞte... Lui me regardait avec son air innocent, pendant que moi, je bouillonnais.
Et puis il y avait les reconnaissances avec la Subaru GC8, notamment cette spéciale interminable de 32 kilomètres vers Antanifotsy.
Pour être à l’aise, je lui demandais de répéter chaque virage deux fois.
« Gauche 4... Gauche 4...
Droite 3... Droite 3...
150...
Gauche 2... Gauche 2... »
Au bout des 32 kilomètres, ce n'était plus un copilote que j'avais à côté de moi... c'était un marathonien au bout de sa vie. Il était complètement essoufflé et épuisé.
Voilà le Fossy dont je veux me souvenir : Un homme simple, passionné.
Aujourd'hui, il nous a quitté, mais tous ces souvenirs continueront de nous faire rire et de nous accompagner.
Repose en paix, Fossy.