25/09/2026
☑03 août 1930 - L'AFFAIRE HENRI CUVELIER Le tribunal allemand a maintenu la condam-
nation du poloïste français Henri Cuvelier. Pour revenir aux faits, Henri Cuvelier avait utilisé un couteau contre des officiers allemand pour défendre une jeune allemande.
Ainsi que nous l'indiquions dans notre édition d'hier, le poloïste français Cuvelier a comparu, à nouveau, devant un tribunal allemand à la suite des incidents qui se sont produits lors
de la dernière rencontre France-Allemagne, à Zeitz. La dépêche en partie tronquée que nous avons donnée hier laissait quelque doute sur l'issue du procès. Le texte inséré faisait penser que le tribunal de Naumburg s'était montré plus modéré que celui de Zeitz. Il n'en est rien, puisque Cuvelier a été condamné à quatre mois de prison et 300 marks d'amende. C'est la confirmation pure et simple du premier jugement.
Toute la presse française s'est fait l'écho de cetle condamnation. On est stupéfait devant le jugement rendu. Et nos confrères d'outre-Rhin qui, eux, se trouvaient sur place, ne manquent pas de montrer une certaine indignation. Cer- tains déclarent scandaleux le verdict prononcé par le juge du tribunal allemand.
Il pouvait être intéressant d'avoir de la bouche même de Cuvelier quelques détails sur ce procès. Nous nous rendimes donc, hier soir, à la gare de l'Est où nous ne rencontrames que M. Ducamp, membre du Bureau de la Fédéra- tion Française de Natation et de Sauvetage. Celui-ci, qui avait accompagné Cuveller revenait seul.
Soyez sans inquiétude, nous dit-il, Cuvelier est rentré en France avec moi, mais il a préféré prendre le Calais- Bale à Metz plutôt que de passer par Paris. Il sera ainsi plus vite rentré à Tourcoing.
A défaut de Cuvelier, nous nous rabattons donc sur M. Ducamp. De bonne grâce il veut bien répondre à nos questions. Ses déclarations ne font que confirmer ce qui a déjà été dit.
Savez-vous, lui disons-nous, que le résultat de ce procès a fait sensation ici. Tous les journaux, en bonne place, parlent du jugement.
lent du poloïste français.
Ceux d'Allemagne ont consacré des colonnes entières à l'affaire. Plusieurs d'entre eux avaient des envoyés spéciaux qui firent de très longs comptes-rendus. La majorité des journalistes ne manquèrent pas de manifester leur surprise au moment de la lecture du jugement. Après les plaidoiries, certains de nos confrères, dans le but d'informer rapidement leur organe, n'hésitèrent pas à téléphoner que l'acquittement ne faisait aucun doute. Leur surprise, par la suite, fut aussi grande que la notre.
Mais comment pouvez-vous expliquer que le jugement du tribunal de Zeitz n'a en rien été modifié ?
Il fallait un fait nouveau pour le juge. L'enquête n'en révéla aucun. L'avocat de Cuvelier, excellent défenseur, tenta de démontrer combien avait été osée la décision du juge de Zeitz. On ne pouvait formellement accuser Cuvelier d'être l'auteur du coup de couteau. On le pouvait encore moins après avoir entendu la lecture, par l'avocat du poloïste français, d'une lettre adressée à une personne qui devait témoigner au procès. Cette lettre disait en substance ceci : « Si votre déposition est favorable au Français votre compte est bon ! » C'était signé. L'auteur de cette missive se trouvait dans la salle; il n'y eut aucune réaction de la part du président. Le procureur, lui, ne vit pas l'affaire comme le président du tribunal. Il demanda purement et simplement, faute de preuves suffisantes, l'acquittement de Cuvelier. Vous savez qu'il n'en fut pas ainsi.
-On a dit que vous aviez été protégé par la police tant à votre arrivée qu'au moment du départ.
- C'est exact, mais on n'eut pas à intervenir. Durant tout le procès, qui dura douze heures, la salle, à part les journalistes, étaient pleine à craquer de gens qui nous étaient hostiles. Ils nous le firent bien voir à la sortie. Notre groupe était suivi à distance par au moins trois cents
personnes.
« Cette lamentable histoire démontre que la grande tourmente » n'a pas apaisé les esprits et que certains ont trouvé dans cette affaire l'occasion d'étaler au grand jour leurs sentiments.
La Fédération Allemande de Natation s'est-elle employée pour tenter de faire quelque chose en votre faveur ? -Pensez-vous? Elle nous ignora complètement.
Fatigué, on le serait à moins, M. Ducamp prit congé après nous avoir dit que Cuvelier garderait longtemps le souvenir du match France-Allemagne 1930. Nous le croyons aisément.
Une interpellation à la Chambre
On ne se désintéresse pas ici de l'affaire Cuvelier. Elle a même motivé une demande d'interpellation de M. Ybarnegaray, député des Basses-Pyrénées, à M. Aristide Briand, ministre des Affaires Etrangères, Voici dans quels termes est conçue cette demande d'interpellation:
J'avais attiré votre attention, a la commission des affaires étrangères, sur le procès Cuvelier qui s'est déroulé hier à Weissenfels.
Vous aviez promis d'intervenir auprès du gouvernement allemand. Le verdict qu'a rendu hier le tribunal de Weissenfels indique que le gouvernement allemand n'en a ienu aucun compte.
Je vous prie donc de demander au sous- secrétaire d'Etat à l'éducation physique de rompre toutes relations sportives avec l'Alle- magne et je vous informe qu'à la rentrée de la Chambre j'aurai l'honneur de vous interpeller à ce sujet.