02/07/2026
Nation Cup : enfin une équipe de France qui va jouer au rugby, le vrai
Oubliez le top14. Enterrez cette mascarade de rugby. Désormais, on parle de vrai rugby loin des entorses au salary cap et des sociétés écrans, place à la Nation Cup.
Samedi, à Christchurch, la France affronte la Nouvelle-Zélande. Et attention, pas n’importe quelle France. Une France sans Toulousain dans le XV de départ. Oui, vous avez bien lu. Une ligne de trois-quarts sans Toulousain. Le rugby français vient de découvrir l’oxygène.
À l’ouverture, Matthieu Jalibert garde les clés du camion, le piano, la carte bleue et les codes de la centrale nucléaire. Maestro est aux commandes. Avec Maxime Lucu à la mêlée et au capitanat, on devrait enfin assister à une organisation collective, des passes, des courses, des joueurs qui regardent autour d’eux et, soyons fous, peut-être même à une attaque qui ne consiste pas à attendre qu’un extraterrestre fasse une magie derrière un ruck.
Car Antoine Dupont ne sera pas là. Officiellement, il est forfait. Officieusement, la Mafia Cassoulet ouvre une enquête avec tableau blanc, ficelles rouges et photos punaisées de travers. Et si tout cela n’était qu’un immense coup monté pour faire entrer Paul Graou dans le groupe ?
Un point réglementaire savamment négocié, deux coups de fil, un pigeon voyageur, trois kilos de saucisse de Toulouse et voilà : Graou débarque. Pourquoi ? Pour empêcher le monde de découvrir que Baptiste Jauneau, le véritable avenir du XV de France, est déjà prêt à prendre les commandes. Un demi de mêlée qui joue vite, voit juste, met du rythme et possède ce défaut impardonnable : il pourrait faire comprendre à tout le monde qu’il est capable de marcher sur Dupont, de lui rouler dessus avec un camion de mêlée et d’être cent fois meilleur.
Alors forcément, il fallait brouiller les pistes. Dans ce grand opéra réglementaire, Dupont tire les ficelles, Toulouse fournit les décors et Jauneau reste là, prêt à surgir, ballon sous le bras, pour renverser l’ordre établi. La vérité finira par sortir. Probablement après une pénalité jouée vite à la 79e minute.
Pendant ce temps, Romain Ntamack a pris l’avion pour rejoindre la Nouvelle-Zélande. Très bien. Mais s’il pouvait rester dans l’avion, ce serait une contribution appréciable au spectacle. Pas par méchanceté, évidemment. Simplement parce qu’on aimerait voir des ouvreurs, du jeu, des diagonales, des passes après contact, des choses qui bougent. Et puis, on n’a pas oublié son duel avec Léo Coly : en un contre un, il a été traité avec une délicatesse telle qu’on aurait dit une démonstration de danse contemporaine. Mais ce n’est pas le sujet. Enfin, presque pas.
Devant, en revanche, préparez les casques. Jefferson Poirot, Maxime Lamothe et Demba Bamba formeront une première ligne moderne, mobile, capable de porter la gonfle, de passer dans le trafic et, selon nos informations, de résoudre des équations différentielles entre deux mêlées. Derrière, Hugo Auradou et Tom Staniforth auront pour mission de mettre le bazar dans les airs, pendant que Pierre Bochaton, Oscar Jegou et Marko Gazzotti iront mettre la tête dans les rucks avec la joie simple de gens qui ont vu un ballon ovale et décidé qu’il fallait le récupérer à tout prix.
Enfin un pack qui ne négocie pas avec le sol. Enfin des joueurs qui ne regardent pas un ruck comme on regarde un dossier de copropriété. Enfin des types qui s’envoient.
Et surtout, pas de simulation. Emmanuel Meafou n’est pas là. Le rugby international peut donc respirer, ranger les ralentis, éteindre les violons et laisser les médecins s’occuper de vraies blessures, comme une entorse du pouce causée par un plaquage sur Ardie Savea.
Derrière, Max Spring à l’arrière, Damian Penaud et Théo Attissogbe aux ailes, Fabien Brau-Boirie et Yoram Moefana au centre : une ligne de trois-quarts qui sent la vitesse, les appuis, le jeu de mouvement et les défenses néo-zélandaises qui commencent à vérifier la solidité de leur assurance habitation. Penaud revient avec son sens habituel de l’imprévisible : capable de marquer un essai de 80 mètres ou de tenter une passe dans une dimension parallèle. C’est précisément pour ça qu’on l’aime.
En face, les All Blacks ne viennent pas pour faire du tourisme : Damian McKenzie à l’arrière, Will Jordan à l’aile, Jordie Barrett au centre, Cam Roigard à la mêlée et Ardie Savea capitaine. Une équipe qui ressemble à une liste de problèmes écrite par un professeur de mathématiques particulièrement rancunier.
Mais la France a mieux. Elle a le collectif. Elle a Jalibert. Elle a Lucu. Elle a huit Bordelais, ce qui est largement suffisant pour transformer Christchurch en annexe de Chaban-Delmas avec vue sur les moutons.
Le seul regret, le minuscule grain de sable dans ce grand cassoulet de bonheur : Dorian Aldegheri ne sera pas là. Et c’est triste, car il faut le dire avec objectivité, calme et mesure : Aldegheri est actuellement le meilleur pilier droit de l’histoire du rugby, de l’humanité, de la tectonique des plaques et probablement de la plomberie. Il manque à ce XV, comme Mozart manque à une soirée karaoké. Mais bon, personne n’est parfait.
La France : Max Spring ; Damian Penaud, Fabien Brau-Boirie, Yoram Moefana, Théo Attissogbe ; Matthieu Jalibert, Maxime Lucu (cap.) ; Marko Gazzotti, Oscar Jegou, Pierre Bochaton ; Tom Staniforth, Hugo Auradou ; Demba Bamba, Maxime Lamothe, Jefferson Poirot.
Remplaçants : Barnabé Massa, Reda Wardi, Régis Montagne, Mickaël Guillard, Killian Tixeront, Nolann Le Garrec, Antoine Hastoy, Nicolas Depoortere.
La Nouvelle-Zélande : Damian McKenzie ; Will Jordan, Quinn Tupaea, Jordie Barrett, Caleb Clarke ; Ruben Love, Cam Roigard ; Ardie Savea (cap.), Luke Jacobson, Peter Lakai ; Sam Darry, Josh Lord ; Fletcher Newell, Codie Taylor, Ethan de Groot.
Remplaçants : Asafo Aumua, Xavier Numia, Tyrel Lomax, Patrick Tuipulotu, Wallace Sititi, Cortez Ratima, Billy Proctor, Fehi Fineanganofo.
Rendez-vous samedi matin. La Nation Cup commence, le rugby revient, Toulouse est temporairement rangé dans un tiroir, et la France n’a probablement jamais été aussi belle depuis l’invention du ballon ovale.