02/10/2026
Suffit-il d’être aimé pour se sentir sûr de soi ?
À travers mon travail en cabinet, je commence à mieux comprendre quelque chose qui me surprend : un adulte peut avoir reçu de l’affection de ses parents et, pourtant, éprouver des difficultés à s’affirmer, à prendre des décisions ou à prendre sa place.
Bien sûr, l’affection compte beaucoup, mais, apparemment, elle ne suffit pas, à elle seule, à construire la sécurité intérieure.
Lorsqu’une personne a grandi sans affection, le lien avec l’insécurité qu’elle peut ressentir intérieurement peut sembler plus facile à comprendre. Mais lorsqu’elle dit : « J’ai été aimée, j’ai reçu de la tendresse », une question se pose : ok, alors quelles autres expériences sont nécessaires pour nous sentir solides intérieurement et pouvoir agir de manière autonome, même lorsque nous avons peur ?
Il me semble que les questions suivantes nous aident à mieux comprendre ce qui peut nous échapper et pourquoi l’affection ne suffit pas :
• Suis-je aimé même lorsque je ne suis pas d’accord avec maman ou papa ? Puis-je dire « non », avoir d’autres préférences, sans sentir que notre proximité et notre relation sont menacées ?
• Y a-t-il quelqu’un qui m’aide à comprendre ce que je ressens ? Ma peur, ma colère ou ma tristesse peuvent-elles être accueillies sans que l’on me fasse honte de les éprouver ? Je peux ainsi apprendre que mes émotions ont un sens et qu’elles peuvent être comprises.
• Puis-je essayer et me tromper ? Ici, il est important que les adultes me soutiennent, tout en me laissant la possibilité de découvrir que je peux me débrouiller, apprendre et prendre confiance en mes propres capacités.
• Existe-t-il des repères sur lesquels je peux m’appuyer ? Ici, il est important que les limites et les réactions des adultes soient suffisamment claires et prévisibles pour que je sache à quoi m’attendre. Par exemple : « Tu as le droit d’être en colère et de ne pas être d’accord avec moi, mais tu n’as pas le droit de frapper. » L’enfant peut ainsi comprendre que ses émotions sont acceptées, qu’il existe des limites et qu’exprimer un désaccord ne met pas la relation en danger.
L’enfant a donc besoin de se sentir aimé, mais aussi de faire l’expérience qu’il peut être lui-même dans la relation avec ceux qu’il aime. Qu’il peut faire entendre sa voix, avoir un désir différent, éprouver une émotion difficile à gérer ou commettre une erreur, tout en conservant une relation sécurisante avec ses figures d’attachement.
Bien sûr, il n’existe pas de parents parfaits. Mais ces questions peuvent aider la personne accompagnée à explorer pourquoi, malgré l’affection reçue pendant l’enfance, elle éprouve, à l’âge adulte, des difficultés à se sentir légitime à prendre sa place : elle se fait toute petite, craint de déranger et de perdre l’affection ou le lien avec l’autre.
Comprendre notre passé nous aide et nous oriente, mais nous avons aussi besoin de vivre de nouvelles expériences dans le présent. Cela suppose de découvrir progressivement que nous pouvons être nous-mêmes, faire des choix et nous tromper, sans que chaque désaccord signifie la perte de la relation.