29/06/2026
REGARDS D'EXPERT SUR LES CTD AU CAMEROUN ET EN AFRIQUE:
TRIBUNE DIGITALE DE VEILLE STRATÉGIQUE ET D'ANALYSE SUR LA DÉCENTRALISATION ET LA GOUVERNANCE LOCALE
DÉCRYPTAGE HEBDOMADAIRE DES FINANCES LOCALES.
*L'ÉLABORATION DU BUDGET DES* COLLECTIVITÉS TERRITORIALES DÉCENTRALISÉES AU CAMEROUN : DU DÉBAT D'ORIENTATION BUDGÉTAIRE À L'APPROBATION PAR L'AUTORITÉ DE TUTELLE, À L'ÈRE DU BUDGET-PROGRAMME
par Armand Demaustin NDJODO Expert en Décentralisation, Gouvernance et Finances Locales (*)
Au cours des dernières années, les finances locales se sont imposées comme l'un des principaux sujets de réflexion et de réforme dans la gouvernance publique au Cameroun et dans plusieurs pays africains engagés dans le processus de décentralisation.
La montée en puissance des Collectivités Territoriales Décentralisées, l'accélération des transferts de compétences et de ressources, les exigences de la Stratégie Nationale de Développement 2020-2030 (SND30), l'introduction progressive du budget-programme ainsi que les attentes de plus en plus fortes des populations en matière de services publics locaux placent désormais la question budgétaire au centre des préoccupations des élus, des administrations locales et des partenaires au développement.
Cette actualité est davantage renforcée par les récentes initiatives gouvernementales visant à moderniser la gestion publique locale, à promouvoir la culture de la performance et à améliorer l'efficacité de la dépense publique dans les CTD(Communes, Communautés urbaines et Régions).
Elle trouve également un écho particulier dans les orientations stratégiques issues de la 48ème Session Ordinaire du Conseil d'Administration du FEICOM tenue le 24 juin 2026 à Yaoundé(dont le leadership affirmé devrait être dupliqué au niveau local), qui a réaffirmé la nécessité d'un accompagnement renforcé des collectivités territoriales dans les domaines du financement du développement local, de l'ingénierie territoriale,et de la modernisation de nouveaux outils d'intervention en faveur des CTD etc...
Dans ce contexte marqué par l'émergence progressive d'une nouvelle génération de collectivités davantage orientées vers les résultats, il apparaît opportun de revenir sur l'une des opérations les plus importantes de la vie d'une CTD : l'élaboration du budget:
Car derrière chaque route construite, chaque école réalisée, chaque centre de santé équipé, chaque marché aménagé ou chaque projet structurant mis en œuvre, se trouve toujours un budget préparé, débattu, adopté, approuvé et exécuté selon des règles précises.
I. CONTEXTE : LES TERRITOIRES AU CŒUR DU DÉVELOPPEMENT DU CAMEROUN
La décentralisation au Cameroun a franchi ces dernières années des étapes importantes qui confèrent désormais aux Collectivités Territoriales Décentralisées un rôle stratégique et incontournable dans le développement national.
Avec la mise en œuvre de la SND30, les communes, communes d'arrondissement, communautés urbaines et régions sont appelées à devenir de véritables moteurs du développement économique, social et infrastructurel.
Cette évolution s'inscrit dans une dynamique observée dans plusieurs pays africains où les territoires deviennent progressivement les espaces privilégiés de création de richesses, d'amélioration des services publics de proximité et de promotion du développement local durable.
Dans cette perspective, la gouvernance budgétaire locale apparaît comme l'un des principaux leviers de réussite de la décentralisation.
Aucune collectivité ne peut réaliser de grands projets avec un mauvais budget.
À l'inverse, un budget bien préparé, bien voté, bien exécuté et bien contrôlé constitue souvent le point de départ d'une gouvernance locale performante.
II. POURQUOI PARLER DU BUDGET AUJOURD'HUI ?
Notre modeste expérience professionnelle acquise durant près de trois décennies au sein des collectivités territoriales décentralisées du Cameroun nous a permis de constater que les difficultés rencontrées par de nombreuses CTD trouvent très souvent leur origine dans la phase de préparation budgétaire.
Ayant exercé successivement les fonctions de Chef de Services Municipaux Divers, Receveur Municipal, Secrétaire Général de Commune et participé à plusieurs groupes de réflexion sur la décentralisation, les finances locales, la gouvernance locale, la gestion des ressources humaines,les réformes multiformes et le développement local, nous avons observé que :
les CTD qui préparent correctement leurs budgets exécutent généralement mieux leurs projets ;
les CTD qui surestiment leurs recettes rencontrent souvent des difficultés de trésorerie;
les CTD qui associent tous les acteurs du cycle budgétaire produisent des budgets plus réalistes ;
les CTD qui investissent dans l'expertise et le renforcement des capacités améliorent durablement leurs performances.
III. LE BUDGET : QUATRE DIMENSIONS D'UN MÊME ACTE DE GOUVERNANCE
Le budget comme acte politique:
Le budget traduit la vision et les choix de développement des élus.
Lorsqu'un Conseil Municipal décide d'investir davantage dans l'accès à l'eau potable plutôt que dans l'embellissement urbain, il effectue un choix politique qui reflète les priorités du territoire.
Le budget comme acte juridique:
Le budget constitue une autorisation légale donnée à l'exécutif local pour percevoir les recettes et engager les dépenses.
Aucune dépense ne peut être régulièrement engagée sans crédit budgétaire préalablement autorisé.
Le budget comme acte financier:
Le budget organise les ressources et les charges de la collectivité.
Il permet de planifier les recettes, maîtriser les dépenses et garantir les équilibres financiers.
Le budget comme acte de développement:
Le budget constitue le principal outil de transformation du territoire.
Routes, écoles, centres de santé, éclairage public, marchés, adductions d'eau potable et infrastructures économiques trouvent leur origine dans les choix budgétaires effectués par les collectivités.
IV. LES NOTIONS ESSENTIELLES DU CYCLE BUDGÉTAIRE
Le cycle budgétaire comprend :
le Débat d'Orientation Budgétaire ;
la préparation ;
l'arbitrage ;
le vote ;
l'approbation ;
l'exécution ;
le contrôle ;
l'évaluation.
Ces étapes sont étroitement liées.
L'expérience montre qu'un budget mal préparé produit généralement une mauvaise exécution budgétaire.
Une mauvaise exécution budgétaire entraîne souvent :
des projets inachevés ;
des marchés interrompus ;
des investissements reportés ;
une faible satisfaction des populations.
La chaîne de performance peut être résumée ainsi :
Qualité du budget - Qualité de l'exécution- Qualité des réalisations- Impact sur les populations.
V. LES PRINCIPES BUDGÉTAIRES FONDAMENTAUX
Le principe d'annualité: qui signifie que
le budget est autorisé pour une année budgétaire.
Exemple : Une dépense prévue au budget 2027 ne peut être exécutée sur l'exercice 2028 sans procédure légale appropriée.
Le principe d'unité:qui signifie que
toutes les recettes et toutes les dépenses doivent être regroupées dans un document unique.
Exemple : Une subvention obtenue auprès d'un partenaire doit être intégrée au budget.
Le principe d'universalité:qui signifie que
les recettes et les dépenses doivent être présentées séparément.
Exemple : 20 millions FCFA de recettes de marché et 5 millions FCFA de dépenses de gestion doivent apparaître distinctement.
Le principe de spécialité: qui consiste de ce que
chaque crédit doit être utilisé conformément à son objet.
Exemple: Un crédit destiné à construire une école ne peut financer l'achat d'un véhicule administratif.
Le principe d'équilibre: qui signifie que
les dépenses doivent être couvertes par des ressources réelles.
Exemple : Une collectivité ne peut prévoir 2 milliards FCFA de dépenses avec seulement 800 millions FCFA de recettes certaines.
Le principe de sincérité: qui indiquent que
les prévisions doivent être réalistes et fondées sur des données objectives.
Exemple : Une commune mobilisant habituellement 60 millions FCFA de recettes propres ne devrait pas inscrire 300 millions FCFA sans justification crédible.
VI. LE DÉBAT D'ORIENTATION BUDGÉTAIRE(DOB) : UNE ÉTAPE STRATÉGIQUE
Le DOB constitue le véritable point de départ du processus budgétaire.
Il permet aux élus :
d'examiner les perspectives financières ;
d'identifier les priorités ;
d'anticiper les contraintes ;
de définir les grandes orientations du futur budget.
Notre modeste expérience d'une trentaine d'années au sein de l' environnement local montre que les CTD qui prennent au sérieux cette étape rencontrent moins de difficultés lors de l'adoption et de l'exécution budgétaire.
VII. LA PRÉPARATION ET L'ARBITRAGE BUDGÉTAIRES
Cette phase mobilise :
l'ordonnateur ;
le secrétaire général ;
les responsables financiers ;
le comptable matières ;
les chefs de services ;
les commissions compétentes.
Le Secrétaire Général assure la coordination administrative de l'ensemble du processus.
Les responsables financiers élaborent les prévisions.
Le comptable matières contribue à travers les données de l'inventaire général de base.
L'arbitrage permet ensuite d'adapter les besoins aux ressources disponibles.
Dans certaines collectivités, les demandes exprimées représentent parfois trois fois les ressources réellement mobilisables.
VIII. LE VOTE DU BUDGET : L'EXPRESSION DU CONTRÔLE POLITIQUE
Le vote du budget relève de la compétence exclusive :
du Conseil Municipal ;
du Conseil de Communauté ;
du Conseil Régional.
Le vote constitue l'une des formes les plus importantes du contrôle exercé par l'organe délibérant sur l'exécutif.
Les conseillers examinent :
les prévisions de recettes ;
les dépenses ;
les programmes ;
les investissements.
Le budget doit être adopté avant le début de l'exercice concerné afin de garantir la continuité du service public.
IX. L'APPROBATION PAR L'AUTORITÉ DE TUTELLE
Après adoption :
les budgets des communes et communautés urbaines sont transmis au Préfet ;
les budgets des régions sont transmis au Gouverneur.
Le contrôle porte notamment sur :
la légalité ;
la sincérité ;
l'équilibre ;
la conformité aux textes.
Après approbation, le budget devient exécutoire.
X. L'EXÉCUTION BUDGÉTAIRE : LE MOMENT DE VÉRITÉ
L'exécution budgétaire constitue la phase de concrétisation des prévisions.
C'est à ce stade que les populations apprécient réellement l'efficacité de l'action publique locale.
L'expérience démontre qu'une collectivité disposant de ressources limitées mais bien gérées peut parfois obtenir de meilleurs résultats qu'une collectivité bénéficiant d'importants moyens financiers mais mal administrés.
XI. DU BUDGET DE MOYENS AU BUDGET-PROGRAMME
Pendant longtemps, les collectivités ont fonctionné selon une logique de moyens.
La question fondamentale était :
« Combien avons-nous dépensé ? »
Exemple :
Entretien routier :
carburant : 10 millions FCFA ;
pièces détachées : 8 millions FCFA ;
lubrifiants : 2 millions FCFA.
Total : 20 millions FCFA.
Le budget-programme introduit une nouvelle logique :
« Quels résultats avons-nous obtenus ? »
Programme : Amélioration de la mobilité rurale.
Budget : 20 millions FCFA.
Résultats attendus :
15 kilomètres de routes réhabilités ;
10 villages désenclavés ;
réduction de 30 % du temps de transport.
La logique devient celle de la performance et de l'impact.
XII. ENSEIGNEMENTS ISSUS DE L'EXPÉRIENCE DE TERRAIN
Plusieurs constats méritent d'être soulignés :
Une CTD qui surestime ses recettes compromet souvent son programme d'investissement.
Une CTD qui ne réalise pas d'études préalables rencontre fréquemment des difficultés d'exécution.
*Une CTD qui associe précocement les acteurs du cycle budgétaire produit généralement un meilleur budget*.
*Une CTD qui suit des indicateurs de résultats obtient souvent de meilleures performances qu'une CTD focalisée uniquement sur les moyens consommés*.
REGARD D'EXPERT
L'avenir de la décentralisation camerounaise se construira dans les territoires.
Les collectivités territoriales sont désormais au cœur de la mise en œuvre de la SND30.
La réussite de cette ambition exige des budgets crédibles, réalistes, sincères et orientés vers les résultats.
La production d'un document budgétaire de qualité nécessite une véritable synergie entre tous les acteurs du cycle budgétaire.
Elle exige également la mobilisation d'expertises spécialisées capables d'accompagner les collectivités dans un environnement de gestion publique de plus en plus complexe.
Le recours à l'expertise ne vise pas à remplacer les techniciens des collectivités mais à renforcer leurs capacités, améliorer les méthodes de travail et favoriser le transfert de compétences.
Les Exécutifs municipaux et régionaux gagneraient à s'appuyer davantage sur ces expertises pour améliorer la qualité de leurs budgets, la préparation des sessions budgétaires, le pilotage de la performance et le suivi-évaluation des politiques publiques locales.
C'est aujourd'hui l'un des gages les plus sûrs de réussite de l'action publique locale.
Les CTD gagneraient également à saisir pleinement les opportunités offertes par les nouvelles orientations stratégiques du FEICOM issues de sa 48ème Session Ordinaire du Conseil d'Administration du 24 juin 2026, notamment en matière d'ingénierie territoriale, de financement du développement local, de renforcement des capacités et de modernisation de la gestion publique locale.
ANALYSE RÉALISÉE PAR :
Armand Demaustin NDJODO
Expert en Décentralisation, Gouvernance et Finances Locales
Promoteur de GFN CONSULTING SARL
Cabinet Conseils reconnu par le MINDDEVEL
Ancien Secrétaire Général de Commune
Ancien Receveur Municipal
Chef Service du Patrimoine Commune d'Arrondissement de Yaoundé VI
Fondateur de la Tribune Digitale « Regards d'Expert sur les CTD »
Yaoundé – Cameroun
Contacts : (+237) 697 81 29 32 / 682 18 04 26
E-mails : [email protected] [email protected]
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