07/14/2026
L’inclusion en entreprise, une histoire de réussite! 🥰
Témoignage de Josee Babin
Crédit photo : Création Souvenirs Mademoiselle K
Depuis plus de cinq ans, je vis dans un monde où j’oscille entre le silence et l’excès de bruit.
Une otite bilatérale devenue mastoïdite a perforé mes deux tympans. C’est ainsi que j’ai perdu l’audition. Le mot “malentendante” est plus juste, mais j’utilise “sourde” comme un geste d’acceptation — une façon de reconnaître mon parcours et de l’honorer.
Je porte des prothèses auditives qui m’aident à entendre… mais elles amplifient tout. Absolument tout. Le clic d’un interrupteur, les conversations croisées, les bruits de fond — tout devient envahissant. Travailler dans un environnement bruyant, c’est comme tenter de suivre une discussion dans une salle pleine d’échos. Chaque voix résonne au même volume, et mon cerveau doit faire des acrobaties pour suivre. Résultat : migraines, acouphènes, insomnie. Vous voyez cette sensation après un concert, quand les oreilles sifflent et semblent bouchées ?
Imaginez ça… chaque jour, après le bureau.
Participer à une réunion en présentiel, c’est comme traduire mentalement chaque mot dans une langue étrangère avant de pouvoir répondre. Et quand les gens parlent en même temps, se coupent ou accélèrent le rythme, c’est une surcharge cognitive qui me laisse épuisée.
Mais cette surdité m’a aussi transformée. J’ai développé une écoute intuitive et une perception affinée, capable de capter les émotions, les gestes et les silences. Ma créativité me permet de traduire l’invisible en images concrètes. J’ai appris à simplifier l’information et à transmettre sans dépendre du verbal. Mon accompagnement est devenu incarné, vivant, profondément structurant. Je cultive une grande résilience et j’ai appris à créer du lien autrement.
En septembre 2024, j’ai entamé des démarches avec L3 Harris MAS à Mirabel. Dès les premiers échanges avec Liza et Marie-Claude, j’ai senti une chaleur humaine, une vraie bienveillance. Pourtant, j’ai gardé le silence sur ma surdité. Par peur. Peur d’être mise de côté avant même d’avoir pu montrer ce que je savais faire.
Quand Liza m’a demandé si le travail en présentiel posait problème, j’ai pris une grande respiration et j’ai parlé. J’ai expliqué que je ne pouvais répondre sans connaître l’organisation des bureaux. Elle m’a rassurée tout de suite : des accommodements existent déjà pour d’autres employés. Ce simple échange m’a donné confiance.
Lors de ma première entrevue sur site, j’ai demandé aux quatre personnes présentes de se rapprocher pour que je puisse mieux entendre. Elles l’ont fait avec le sourire, en validant que tout allait bien pour moi. Ce jour-là, j’ai compris que j’étais là pour mes compétences, pas pour ma condition auditive.
Liza m’a ensuite fait visiter les bureaux pour m’assurer que l’environnement serait adapté. Avant même mon arrivée, elle avait tout prévu : de bons écouteurs, un espace calme, et la possibilité de télétravailler trois jours par semaine. Un vrai soulagement.
Grâce à l’accompagnement d’Intégration Travail Laurentides et du Bouclier à Saint-Jérôme, j’ai pu clarifier mes besoins et comprendre qu’ils étaient légitimes. Liza a collaboré avec eux pour que tout soit simple, fluide, humain.
Depuis mon entrée en poste le 12 mai 2025, j’apprends à naviguer les petits défis du quotidien. Au bureau, je sursaute parfois quand quelqu’un me salue sans que je l’aie entendu arriver.
Certains collègues ont pris l’habitude de cogner doucement sur la cloison — un geste tout simple, mais tellement attentionné. En réunion, je demande parfois de répéter, je vérifie si j’ai bien entendu “6” ou “10”, et à la cafétéria, je coupe mes prothèses pour savourer un moment de silence.
En télétravail, c’est le bonheur. Je suis seule, concentrée, parfois accompagnée de musique douce. Et grâce à mes écouteurs, je suis pleinement présente en réunion, sans effort.
Lors de ma rencontre avec notre Directeur Général, Ugo, je lui ai parlé de ma surdité et de l’accueil que j’ai reçu. Il m’a confirmé que l’inclusion fait partie intégrante des valeurs de L3 Harris MAS. Et je le ressens chaque jour.
Mes oreilles ne se sont pas réparées depuis que je suis ici. Mais ce que j’ai trouvé, c’est un environnement où je me sens pleinement accueillie, respectée, “normale”… et ça, c’est précieux.
Alors, si un jour vous me croisez et que je ne réponds pas à votre salut, ce n’est pas de l’indifférence. C’est peut-être simplement que j’ai activé la musique dans mes prothèses pour me protéger du bruit ambiant. Mais je vous vois, je vous entends… à ma façon.
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