22/08/2026
Et maintenant, la fin août arrive.
Je la reconnais chaque année avant même de regarder le calendrier. Le matin, quand j’ouvre la fenêtre, l’air a changé. Il fait encore doux, mais il y a une fraîcheur quelque part derrière. Le soleil n’entre plus tout à fait de la même façon dans la maison. Parfois une feuille jaune traîne déjà sur le trottoir et je la regarde avec l’émotion d’une femme qui découvrirait l’automne pour la première fois alors que, statistiquement, j’en ai déjà vécu un certain nombre.
Je suis une fille d’automne.
J’aime l’été, mais vers la fin août je commence à le raccompagner poliment vers la sortie.
Je pense aux pulls. Aux grosses chaussettes. À la laine. Aux cafés brûlants qu’on tient entre les deux mains. Aux après-midi où il pleut suffisamment pour annuler toute ambition sociale et où rester chez soi avec un livre devient soudain une activité parfaitement légitime.
Et surtout, je recommence à rôder dans les rayons de fournitures scolaires.
Je n’ai besoin de rien.
C’est important de le préciser parce que cela ne m’empêchera absolument pas d’acheter quelque chose.
J’ai déjà des carnets. Un très beau, que je n’ose pas utiliser parce qu’il est trop beau. Un pratique, mais moche. Un que j’avais perdu et que je viens de retrouver. Et un autre dont personne ne connaît vraiment la fonction, mais qui contient une liste de livres à lire, trois idées de robes à coudre et le numéro d’un plombier..
J’ai des stylos. J’ai probablement suffisamment de fluos pour assurer la scolarité d’une classe de sixième jusqu’au brevet. Mais ceux de cette année sont pastel. Et il existe manifestement, dans mon esprit, une différence fondamentale entre le jaune pastel que je possède déjà et cet autre jaune pastel qui est légèrement moins jaune pastel.
Je respire les protège-cahiers.
Voilà.
C’est dit.
Je pourrais tenter de rendre cela poétique en parlant de mémoire olfactive et de madeleine de Proust, mais la vérité est beaucoup moins élégante : je prends un protège cahier et je le sens.
Cette odeur de plastique neuf mélangée à celle du papier me ramène immédiatement aux rentrées de mon enfance. Les cahiers encore parfaitement plats, la trousse complète, les crayons qui avaient tous la même taille et cette certitude que, cette année, j’allais écrire proprement jusqu’en juin.
Généralement, vers le 10 septembre, c’était terminé.
Cette année, j’ai également décidé qu’il me fallait de nouvelles tasses.
J’en veux avec ces petites figurines en relief cachées au fond, celles qu’on découvre à mesure que le café disparaît. Un champignon, une fleur, un petit animal. Quelque chose de parfaitement inutile dont l’unique fonction sera de m’attendre sous mon café du matin.
Je trouve que la vie adulte manque cruellement de ce genre de choses.
On passe nos journées à parler d’échéances, de chiffre d’affaires, de réunions, de factures, de stratégies, de mots de passe oubliés et de rendez-vous chez le dentiste. Si un minuscule champignon en céramique peut m’attendre au fond d’une tasse à 6 h 42 un mardi matin, je considère que c’est un investissement raisonnable.
Je vais aussi ressortir mon tour de potier, acheter de la laine alors que j’ai déjà de la laine et probablement commencer un nouveau carnet (les 4 précédents évoqués ci dessus ont fait leur temps. Oui, je viens de le décider)
Chaque rentrée me fait cet effet-là.
Pendant quelques jours, septembre ressemble à une page blanche. J’imagine une version de moi extrêmement organisée qui prépare ses repas le dimanche, fait du yoga au lever du soleil, boit beaucoup d’eau et sait exactement où se trouvent ses clés.
Je l’aime bien, cette femme.
Nous nous croisons brièvement tous les ans.
Puis, vers la deuxième semaine de septembre, elle dit qu’elle en a marre d’être efficace et je recommence à chercher mon téléphone alors qu’il est dans ma main.
Mais ce n’est pas très grave.
Avec les années, je crois que j’ai cessé d’attendre de septembre qu’il me transforme.
J’aime simplement ce qu’il raconte : on peut recommencer sans forcément tout recommencer.
C’est peut-être pour ça, finalement, que j’aime tant les gens qui doutent.
Parce qu’ils sont exactement là.
À la fin du mois d’août de quelque chose : ☀️🍂
Et je trouve cet endroit beaucoup plus beau qu’on ne le raconte.
Alors je ne prends pas de grandes résolutions cette année. Je vais continuer à écrire, à écouter les gens me raconter leurs virages, à travailler sur mes projets, à changer d’avis lorsque ce sera nécessaire et, vraisemblablement, à laisser refroidir mes cafés.
Pour le reste, on verra.
L’été n’est pas encore terminé.
L’automne n’a pas commencé.
Et quelque part entre les deux, tout peut arriver.
En attendant, je vais acheter des fluos.
Bon week-end ☀️❤️
Dorothée
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